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Résumé (FR)

Le hacker est une figure à la fois marginale et importante dans l’histoire de l’informatique. La culture hacker fait en effet converger, au sein de ce domaine, des approches techniciennes à la fois inventives et politiques autour de pratiques inhabituelles : le hacking implique une façon particulière de se rapporter aux systèmes informatiques entre création et détournement logiciel. Sans enfermer dans une caractérisation figée ces pratiques diverses et en évolution constante, l’objectif de ce mémoire est d’interroger la façon dont elles permettent de questionner une logique omniprésente de masquage de la technicité.

Notre approche débutera par un panorama de la culture hacker. Il s’agira dans un premier temps d’évoquer les origines de cette culture et certaines caractérisations classiques du hack, acte technicien esthétique et provoquant. Notre approche sera ensuite assez classiquement polarisée entre d’un côté le mouvement du logiciel libre et de l’autre le computer underground et les activités transgressives, souvent appelées cracking, qui s’y développent. Nous chercherons cependant à relativiser cette opposition en évoquant le processus, notamment politique, de sa construction.

Dans une deuxième partie, alimentée par des réflexions issues des STS de la philosophie de la technique et de philosophie de l’informatique, nous étudierons la notion de boîte noire. Cette notion, à la fois métaphore, modèle cybernétique et concept constructiviste nous permettra d’interroger une logique paradoxale du masquage du technique et en particulier des opérations appuyant le fonctionnement des artefacts. Nous proposerons ensuite une caractérisation en informatique de cette logique de la boîte à travers la notion centrale et structurante de l’abstraction.

Dans ce cadre théorique décomposant les systèmes informatiques en différents niveaux de réalité, fonctionnant grâce à des boîtes noires multiples et emboîtées, nous chercherons à mettre en valeur une spécificité de l’action hacker. Pour cela nous étudierons en particulier un exemple de technique de hacking, l’injection mémoire par débordement de tampon. Ce type de masquage joue notamment un rôle important dans la séparation entre une position de concepteur et une position d’usager, qui est transgressée par les hackers. Ces derniers refusent en effet, en tant qu’utilisateurs des systèmes informatiques, de renoncer à un nouer un lien pratique avec la réalité opératoire de ces systèmes.

Enfin, nous aborderons la façon dont la notion de boîte noire qui décrit également la disparition du processus de genèse des systèmes techniques peut être vue comme le support d’une hégémonie de l’industrie informatique. Nous aborderons, cette notion d’hégémonie technique à travers l’exemple des l’interfaces graphiques et de la façon dont elle supprime la possibilité de programmer les ordinateurs. Cette approche ouvrira une direction théorique permettant de rendre compte de la dimension profondément politique des pratiques de hacking.

Mots clés : hack, logiciel libre, cracking, boîte noire, abstraction informatique, hégémonie technique, débordement de tampon,